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Coup d’éclat et début de ramadan : le gang des microbes est de retour à Abidjan

Coup d’éclat et début de ramadan : le gang des microbes est de retour à Abidjan.

Le phénomène était censé avoir été endigué, notamment après une opération de police massive début mai. Mais depuis une dizaine de jours, les attaques à la machette commises par des gangs de jeunes, connus sous le nom de « microbes », ont recommencé à Abidjan. Nos Observateurs analysent les raisons de cette recrudescence de violence.

Récemment, deux attaques ont fait la une des faits divers en Côte d’Ivoire. La première s’est déroulée dans une boîte de nuit le dimanche 29 mai, dans la commune de Marcory, dans le sud d’Abidjan. Au moins quatre individus armés de machettes sont entrés dans une discothèque du quartier de La Madone et ont fait une dizaine de blessés. Quelques minutes après les faits, un vidéaste amateur a tourné une vidéo dans la boîte de nuit montrant des traces de sang consécutives à l’attaque.

Quelques jours auparavant, mercredi 25 mai, c’était à un arrêt de bus de l’université Félix-Houphouët-Boigny que des étudiants avaient été agressés par « une quarantaine d’individus armés », selon la presse ivoirienne. La plupart des victimes s’étaient fait détrousser de leur ordinateur portable ou de leur téléphone, sans qu’il n’y ait de blessés. À chaque fois, dans la presse et dans l’opinion publique, ces attaques sont attribuées aux « microbes »,des gangs réputés ultra-violents qui sévissent à Abidjan. Composés d’adolescents, voire d’enfants qui s’adonnent au racket en bande, ils n’ont cessé de multiplier les attaques violentes depuis 2012, dont nos Observateurs font régulièrement état.

Pourtant, début mai, les autorités ivoiriennes affirmaient avoir lancé une opération baptisée « Épervier » destinée à traquer les « microbes ». La police avait affirmé avoir arrêté 422 individus de 10 à 30 ans, surtout à Abobo et Yopougon. Elle avait également dit avoir démantelé 21 « fumoirs « , de petites échoppes où l’on se retrouve pour fumer des cigarettes mais surtout consommer de la drogue, y compris de la drogue dure, et de l’alcool, qui sont des lieux de rencontre habituels de ces gangs. La plupart des jeunes enfants arrêtés ont parfois été exposés sur les réseaux sociaux, sans masquer les visages. Le chef de la police avait par ailleurs assuré que l’opération se poursuivrait pour « mettre hors d’état de nuire tous les ‘microbes' ».

Exemple de photo diffusée dans la presse après une arrestation par la police ivoirienne. Ces jeunes hommes sont présentés comme des « microbes » opérant à moto à Abobo sur le site Koaci.com

Sur cette autre photo, un »microbe » avec un couteau mis aux arrêts à la gendarmerie de Marcory. Photo publiée sur Page 12, floutée par France 24.
« Le tapage médiatique autour de l’opération contre les ‘microbes’ a été contre-productif »

Alpha Orlando
Mais pour notre Observateur, Alpha Dee’Aras-souba Orlando, administrateur de la page Facebook Abobo 24, l’efficacité de cette opération a été relative.

Pour moi, ces récentes attaques sont la preuve que la dernière opération des forces de polices, faite à grands renforts de communication, a été contre-productive. C’est comme si les ‘microbes’ avaient voulu faire un coup de force pour montrer que même une action d’envergure ne les effrayait pas.

Ce qui est nouveau, c’est que ces attaques se sont déplacées et visent de plus en plus des lieux dans le sud d’Abidjan, alors qu’auparavant, les attaques de microbes concernaient majoritairement des communes plus au nord ou à l’ouest, comme Abobo, Attécoubé ou Yopougon. Or, dans ces communes, des groupes d’auto-défense se sont mis en place. Dans mon quartier à Abobo par exemple, je constate qu’il n’y a quasiment plus d’attaques grâce à ces milices [juste après l’attaque de la boîte de nuit de Marcory, des habitants du quartier ont décidé eux aussi de mettre place leur comité de surveillance

, NDLR].

Si notre Observateur estime que ces patrouilles ont « fait leur effet « dans certains quartiers, dans d’autres, elles sont à l‘origine de lynchages de personnes accusées d’être des « microbes », souvent sans preuve. Le 31 mai, un « microbe » présumé a ainsi été lynché à Yopougon.

Sur des images publiées sur les réseaux sociaux, que nous avons décidé de ne pas diffuser, un jeune homme accusé d’être à la fois un « voleur » puis un « microbe » est frappé à plusieurs reprises par la foule qui l’entoure. Des témoins de la scène ont affirmé que l’homme avait été tué par la population dans un quartier de Yopougon le 31 mai dernier.
« A l’approche des fêtes, comme celles du ramadan ou de Noël, les microbes vont ‘chercher leur argent’ »

Serge D. Toi Kplêwa
Pour Serge D. (son nom a été changé), l’un de nos Observateurs spécialiste de la délinquance des mineurs, la réaction à l’opération de police n’est pas la seule explication de ces coups d’éclat des « microbes ».

J’ai cotoyé des ‘microbes’ et j’ai étudié leur raisonnement : j’ai remarqué qu’à l’approche des fêtes, que ce soit celles de Noël ou du ramadan par exemple [qui commence ce lundi à Abidjan, NDLR], il y a une hausse des agressions à l’arme blanche. Souvent ils me disaient que c’était pour « chercher leur argent de fête », en préparation des grandes célébrations, comme celle prévue dans 30 jours à la fin du ramadan.

Il y a aussi une tendance actuelle à tout attribuer aux ‘microbes’. Lorsque quelqu’un se fait braquer, il crie automatiquement aux ‘microbes’, qui est devenu un terme synonyme de toute sorte d’agression. Même dans la presse il est galvaudé. Tant et si bien qu’on ne fait parfois plus la différence entre des actes de banditisme classique et des attaques de ‘microbes’.

Au-delà des opérations répressives, la Côte d’Ivoire tente de mettre en place des mécanismes pour traiter spécifiquement les problèmes de délinquance juvénile. Le 26 mai dernier, plusieurs enfants « microbes » du centre de réinsertion de Bonoua ont reçu des mains du ministre de la Justice un kit de formation. Les autorités ivoiriennes prévoient d’ouvrir prochainement trois autres centres, dont l’un d’entre eux à Marcory, destinés à la réintégration dans la société des « microbes ».

La presse ivoirienne avait été invitée pour communiquer sur ces échanges entre le ministre et des enfants « microbes » à Bonoua, à l’est d’Abidjan, le 26 mai dernier. Une opération de communication rare, le gouvernement ayant plutôt tendance à être discret sur le sujet.

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron ,Journaliste francophone

© 2015 Copyright France 24 – Tous droits réservés

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