Les trois lacs pétrolifères de la commune d’Abobo

Publié le 20 août 2013 Par le Mondoblogueur Ladji Sirabada, un Abobolais nouveau

Devanture de la Mairie d’Abobo (Ph.Badra)

Devanture de la Mairie d’Abobo (Ph.Badra)

S’il y a une commune dont le nom, à Abidjan, est associé à tout ce qui ne peut ni surprendre, ni étonner, c’est bien Abobo. A Abobo, il n’y a ni mer, ni lagune. Pourtant on y trouve un port maritime virtuel très célèbre. Le deuxième du nom de la ville d’Abidjan. En ce port travaillent toutes les catégories de chômeurs et de vagabonds dont la fertilité de l’imagination a toujours eu le dessus sur la naïveté de leurs compagnes. Marechal DJ et la série ivoirienne Ma famille que mes chers amis camerounais aiment tant, ont crée, institué, institutionnalisé et pérennisé l’idée du virtuel port d’Abobo. Ce port aurait été idéal vu toutes les activités nées de la simple idée de son existence, avec ses faux travailleurs, mais il est purement idéel.

A défaut de port, la nature, ayant horreur du vide, a doté cette commune de lacs, qui si je ne m’abuse, produiront bientôt du pétrole. Dans lacs nés de nombreux rejets d’eaux usées sorties tout droit des nombreuses concessions bâties sans système d’évacuation d’eau usée, ou de restes très têtus des dernières pluies se dessinent des atomes d’or noir. Restes qui, sans pouvoir s’évacuer, ou trouver un chemin d’écoulement vers des caniveaux bouchés et très vite rebouchés, ont pris sièges en des endroit très stratégiques de la commune du ministre du pétrole, l’honorable député et maire Toungara, lui-même ayant de très nombreux honorables députés, ministres et maires adjoints dans son conseil.

On se demande, si en dehors des élections, où il fallait mettre à contribution toute sa verve savoureuse pour récolter des voix et remporter des élections, ces derniers ont remis les pieds dans la commune. Impossible ou inquiétant si la réponse doit être positive. Et pour cause des eaux sales et fétides ont pris siège à des endroits où personne ne peut passer sans les voir. Je tenais pour l’occasion à l’avenir de mon WikoCinkslim dakarus de mondoblogus, pour ne pas le sortir en ces lieux et immortaliser ces endroits. Trois petits lacs ont maintenu notre regard…

#1 Le lac devant la Mairie…

Les alentours de la Mairie d'Abobo

Les alentours de la Mairie d’Abobo

La Mairie d’Abobo est située en plein centre de la commune. Le Bureau Ivoirien des Droits d’Auteurs (BURIDA), la Police économique, le Ministère de la santé doivent urgemment installer des unités de surveillance aux environs de cet endroit pour le bien être des populations et l’avenir de l’économie du pays. Le bâtiment, qui ressemble à un fumoir, n’a rien d’une administration dirigée par les sacraux patrons du pétrole, de l’énergie, de l’éducation, de la communication nationale et des saints leaders de la jeunesse du partie au pouvoir. On se demande quels conseils se donnent-ils mutuellement pour rendre belle leur commune.

Mais vu le décor qui entoure le bâtiment, on se demande, si en dehors des périodes électorales, ces hautes personnalités font l’effort de passer de temps en temps dans leur commune. Malgré la présence de ces hautes autorités, l’édifice tout comme son environnement choque. Coté Adjamé, les femmes anangos (nigériane) et leurs multiples objets de vente en plastiques se disputent la place avec les vendeurs de friperies, d’ignames etc., le dos est carrément transformé en une gare sans espace de circulation jouxtant une grande poubelle. La devanture du bâtiment est occupée par des commerciaux des agences de communication cellulaire, les gérants de cabines, les vendeuses de pain et de toutes les chinoiseries récupérées dans les zones industrielles. Il y a aussi des vagabonds, de voleurs dont on ignore encore l’objet réel de sa présence.

Et de l’autre coté de la voie, le grand espace est pris d’assaut chaque matin par tous les petits cireurs de Abobo derrière rails mais aussi et surtout par des nombreux vendeurs de médicaments traditionnels venus tout droit du Mali, du Niger et de la Guinée proposer leur service aux milieux d’ivoiriens atteints de kôkô (hémorroïde). L’autre versant de la clôture est occupée par mes tantes vendeuses de pommes, d’arachides, et des Taxis et Dinas décevants les quartiers Bloc Célibataires, Habitat, 4 étage, Akeikoi…

Enfin, juste à l’entrée, sans que cela ne préoccupe personne, la cerise sur la gâteau. Le lac. L’eau qui y stage est devenue verte de moisissure. La dessus planent des hordes de moustiques et de petites mouches qui se délectent de ce jus tellement fétide qu’il faut un cache nez quand on s’y trouve. Ce lac est le lac de la honte. Toute fois, il n’y a peut-être rien d’anormal, car si le pétrole est un dépôt de sédiments, peut-être que le destin de ce lac est de devenir un jour pétrole en rendant riche tout le salmigondis de population abobolaise en quête de pitance quotidienne pendant que « l’argent travaille ». Et oui, Abobo sera un jour un champ pétrolifère, car des lacs, il y en a partout et devant toutes ses institutions. Après la Mairie, la brigade de gendarmerie.

#2 Rond point de la gendarmerie…

Cet endroit est bien animé et bien connu. C’est même un repère pour de nombreuses personnes. L’endroit est aussi dangereux de jour que comme de nuit, malgré sa proximité avec le hakirisso (cours de la conscience) de feu Tangara Seed Goda est même transformé en marché. Ce matin, dans le wôrô wôrô, deux femmes discutent.

La première : Ici là aussi est salle ho !

L’autre : Ça va aller ma chérie. Les gens commencent à comprendre que ce n’est pas le pouvoir, mais ce sont les gens qui doivent changer leurs habitudes. Un jour Abobo sera comme Cocody et dépassera Yopougon. Tu vois avant, Yopougon était comme ici, mais aujourd’hui, les quartiers comme Maroc, Ananeraie…Sont des exemples à suivre…

Mairie Lac1

Abobo, Rond point de la gendarmérie ( ph.Badra)

Cette dame est une éclairée. Elle a encore la foi. Combien en existe comme elle dans ce bled? La conversation nous conduit devant la brigade de gendarmerie. Un rond point qui à force de persévérance des tradipraticiens improvisés, venus de on ne sait où exactement et des vendeuses de feuilles et de tubercules, est devenu un célèbre marché.

Juste devant la clôture, des gens aux métiers inconnus sont assis. Ces personnes sont effrayantes de par leur posture. Voleurs ou corps habillés en tenues banalisées ? Les Murs de la gendarmerie sont occupés d’un coté par des vendeurs de sacs et syndicats de transporteurs, tandis que l’autre pan est décoré par des revendeurs de vieux journaux et de téméraires turfistes qui croient encore pouvoir faire fortune dans les jeux de hasards.

Ce haut lieu de défense de la commune a subit, il y a quelques années, la furia des populations fatiguées des abus des ses locataires avant d’être occupé par des FRCI et une confrérie de dozos (chasseurs traditionnels) en période de crise et post crise électorale, puis rétrocédé aux gendarmes pour l’exercice de leur devoir. Encore sur le mur sale et délabré on peut lire la devise Pro patria Pro lege. Et pourtant au nom de l’amour de cette même Patrie, les hommes en tenue sont insensibles face à la catastrophe qui se constitue devant leur brigade.

En effet, un autre lac y est né. En pleine rue, plus large que celui de la mairie. Sa présence est révélatrice d’un autre malaise que vivent nos zones urbaines: tous les conduits d’évacuation qui ont eu la chance d’exister, sont bouchés et aucun service technique de nos communes ne daigne faire de leur entretien et débouchage, une priorité. Après, on se plaindra des inondations et des dégâts qui suivent… Ce lac est particulier. Sa source est constituée par les eaux des dernières pluies qui refusent de descendre. Du moins, elles ne peuvent descendre. Sa présence permet de temps en temps aux naturothérapeutes installés juste à coté, de lancer quelques malédictions à l’endroit de quelques automobilistes imprudents, qui les arrosent en vrombissant leurs moteurs et pneus…Gnamokéde ni filé (regardez moi ce batard)…

Dans des pays normaux ou dans ceux qui rêvent de véritables émergences en 2025 ou dans une commune normale, les Services Techniques auraient vite pris le taureau par les cornes en aspirant l’eau stagnante et qui du coup menace la structure du bitume. En d’autres circonstances, les hommes en tenue, se seraient mobilisés pour soigner l’entrée de leur lieu de travail. Mais qui a le temps et pourquoi la chose publique devrait être l’affaire d’une corporation ? L’armée c’est pour le racket et non le nettoyage. Hum l’Africain… Enfin passons ce lac, rentons dans Abobo pour une autre découverte débilitante, le lac du super marché…

#3 Enfin le lac de la Rue des maquis d’Abobo…

???????????????????????????????

Entre les résidences universitaires d’Abobo, devenues bastion d’anciens d’ex-combattants toujours en attente de la régularisation de leur statut et d’individus de toutes sortes, souvent transformées en ménages où prospèrent depuis deux ans des couples, et un supermarché de la chaîne de CashIvoire, se dresse une rue qui mène à une ribambelle de maquis et de restaurant. C’est la rue où les nuits sont bruyantes, chaudes et animées chaque soir à Abobo.

A l’intersection, stagne depuis quelques mois une eau rougeâtre que les automobilistes se plaisent à traverser pour refroidir leurs vieux moteur. En face, les propriétaires du super marché n’ont trouvé d’idées géniales que d’y dresser un pont de fortune avec des caisses, afin de permettre à leurs clients d’accéder au bâtiment commercial. Stratégie palliative et irresponsable. Le Ministère de l’environnement et du développement durable a pourtant lancé une campagne invitant chacun à nettoyer devant sa porte. Pour les propriétaires de ces lieux, l’entretien revient à la mairie ou au district. Il y a toujours des conflits quand il s’agit de partager les responsabilités de celui qui doit nettoyer depuis la création des Districts.

Notre eau rougeâtre a progressivement rongé le goudron et fait son nid. Elle refuse comme les autre de descendre parce que là ; il n’y a point de vannes d’évacuations ouvertes. Partout il y a de la boue. Cela doit faire sourire de joie les autorités de la commune, car parait-il encore, que le pétrole sort de la boue. Alors pourquoi faire disparaître la base d’extraction des futurs barils d’or noir au non d’une fichue esthétique urbaine? Tant que ça ne tue pas Africain, y a pas de mal à voir disparaître cette marre, nid des moustiques qui alimente les quartiers environnant de doses de paludisme. Et même si la commune et le supermarché ne nettoient pas les propriétaires des maquis et restaurants, auraient eux aussi, à leur tour, pu s’organiser pour arranger la route qu’empreinte leurs clients. Mais nada. Cela n’est pas de leur ressort. Tout le monde s’en fou. Que l’argent vienne aussi travailler.

Le pétrole en pleine rue. N’est-ce pas, une si mauvaise nouvelle. Si la découverte du premier gisement de pétrole à conduit le Président Houphouët Boigny à boire sa première coupe de champagne dans les années soixante-dix, imaginez le nombre de bouteilles que les nouveaux dirigeants pourraient boire, à la joie de la découverte de gisements en plein air et de surcroit à Abobo ? Cela permettra à l’argent de mieux travailler.

En attendant que le pétrole soit, pensons un peu à notre environnement ou bien on vous fera écouter le tube des années 92 du groupe les SALOPARDS. Peace.

Retrouvez l’article de Ladji SIRABADA sur http://iciela.mondoblog.org/

Publicités

2 réflexions sur “Les trois lacs pétrolifères de la commune d’Abobo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s